Meilleurs Vœux !

Quand 2019 rime avec production d’œuf !

Elle fut belle, magnifique, somptueuse, heureuse, rythmée cette année 2019 ! En pleine reconversion professionnelle un peu osée, j’ai concrétisé un projet avicole avec mon conjoint (et associé) : un poulailler de 2000m² accueillant 15000 poules Plein Air. Sans mon compagnon de chaque instant l’idée même de m’installer en agriculture n’aurait jamais germé. Pour une meilleure qualité de vie, il nous est apparu que créer un atelier de production d’œufs sur le site existant serait un atout essentiel. Et après cinq mois de fonctionnement, j’avoue que je m’y retrouve complètement. Je me sens libre, responsable, autonome, bref loin de modèles paternalistes et avilissants que l’on peut retrouver parfois dans le monde professionnel. J’ai fait le choix du système d’intégration : je ne maîtrise ni l’amont ni l’aval de ma production. Et pourtant, je me sens libre. Pourquoi ? Tout simplement parce que je décide de tout ce qui concerne mon élevage. La liberté n’est pas une absence de contraintes mais une pleine conscience de ces dernières et la mise en place d’un champ d’actions au sein de celles-ci. Par conséquent, je me sens libre et heureuse. Je me sens à ma place.

L’année 2019 m’a apporté du lâcher-prise, de la sérénité, de la fierté aussi un peu. Faire de l’élevage, c’est s’intéresser au présent : à chaque jour suffit son lot d’ événements à interpréter pour prendre des décisions justes et bienfaisantes pour les animaux. Les outils eux-mêmes amènent à cela : contrôler la consommation d’eau, d’aliment, observer les animaux, compter les œufs, contrôler la qualité des coquilles, etc. La projection vers l’avenir se fait moins forte car le quotidien prend plus d’importance, plus de sens. Il fut une époque où j’étais toujours dans l’anticipation abusive et tentais de tout prévenir, quitte à empêcher des occasions, à m’empêcher aussi un peu. A présent, je conserve cette capacité à anticiper mais seulement dans la prise de décision, corrélée à l’observation. Je n’anticipe plus pour me préserver d’une éventuelle difficulté, je réagis à la difficulté quand je la sens arriver. Autrement dit, je laisse libre cours aux événements et agis en conséquence. Cela a son importance dans l’élevage et dans la vie personnelle. Ça fait un bien fou !

La poule, la brute et le truand

L’année 2019 m’a apporté son lot de westerns ! Communiquer sur l’élevage n’est pas de tout repos. Et j’ai envie de penser que des images de poules qui vont bien, qui vivent bien, c’est autant agréable, rassurant que dérangeant.

Pour peu que je montre mes poules en photo ou vidéo, j’ai en retour des remarques sur leur qualité de vie, sur l’intensivité de mon élevage, sur le ridicule de mes choix d’enrichissement. Et l’on me souhaite d’aller en prison, l’on me juge, l’on me prend pour une tortionnaire. Mais quelle est donc cette cause si importante qui nécessite que l’on dégueule sa haine sur l’Autre ? Impliquant ainsi que l’on devienne une « brute » ? Je ne comprends pas. Je ne comprends pas qu’au nom de ses propres croyances l’on puisse ainsi être haineux, violent, envers autrui. Certains auraient-ils donc le sentiment aujourd’hui d’avoir les trois pouvoirs ? Ça y ressemble en tout cas. Ceux-là, je m’en préserve à coup de blocages : s’ils pensent que je leur donne raison, en réalité je ne fais que gagner du temps et de la sérénité. Je ne suis le truand de personne, pas une cible à viser, cela ne m’intéresse pas. Je fais le choix d’échanger avec des personnes avant tout respectueuses car je suis respectueuse de l’autre. Ça, c’est mon combat (oh oui c’est un combat !). J’ai eu la chance durant cette belle année de rencontrer des personnes formidables, passionnées par leur métier. J’ai été tellement bien accueillie par le monde agricole que je ne serai sans doute jamais assez reconnaissante envers chacun de ceux qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à mon projet, à ma communication.  

La France Musée : utopie d’une nouvelle décennie ?

L’année 2019 m’a offert un bouquet garni, un tout incohérent dans lequel j’ai tenté de mettre du sens, entre (re)création d’une qualité de vie familiale et disparition subite de proches, entre envie de communiquer et confrontations de mondes incapables de communiquer ensemble, entre joie de faire partie d’un monde agricole performant, respectueux et désespoir de constater les prises ne décision au plus haut niveau tuant à petit feu ce même monde agricole. J’ignore où donner de la tête tant les contradictions sont nombreuses et fortes. Les discours poussent à la production biologique quand les marchés se ferment dans le même temps ; des ZNT sont votées lorsque l’on démontre enfin que les tests des pisseurs volontaires étaient malhonnêtes ; certains voudraient voir la fin de l’exploitation des animaux quand on nous demande de revenir au cheval de trait (de Troie ?). Il faudrait pouvoir vivre à la campagne sans coq, sans odeur, sans bruit. Il faudrait ne plus manger de viande, ne plus se reproduire, ne plus grossir, ne plus conserver ses mails dans sa boîte de réception, ne plus rire aux éclats (car trop bruyant), etc. J’ai comme l’impression que l’on souhaite une France Musée.

« Venez voir la France Musée, le seul pays au monde entièrement propre et touristique ! Vous pourrez louer une chambre en campagne et voir le coq qui ne chante pas, manger des œufs bio sans poulailler, manger du foie gras cellulaire garanti sans élevage de canards, voir des « paysans » et leur chevaux de trait qui produisent trois fois rien, pour le bon plaisir des yeux seulement. Voyez comme nous avons su revenir aux valeurs d’antan : Magnifique France Musée qui importe tout pour ses touristes et ne garde que quelques vieux métiers pour la vitrine ! »

Ce tableau est sans aucun doute un peu grossier, quoique…

Meilleurs v’œufs pour 2020 !

2019, ce fut cette année complexe, belle, nouvelle, réjouissante. Et pour 2020 ? Pour 2020, j’en souhaite tout autant. Il y aura probablement des brutes, probablement des prises de décision allant à l’encontre de l’agriculture, probablement des conflits qui s’exporteront dans les rues. Et puis chaque jour continuera d’apporter ses bons moments, ses évènements, ses œufs. Chaque jour j’apprendrai, je grandirai encore, je découvrirai.

Je souhaite que 2020 soit une belle année, avec moins d’agribashing, moins de radicalismes, moins de haine. J’ai l’espoir qu’avec toute cette communication des agriculteurs, qui prend de plus en plus d’ampleur, les consommateurs-citoyens parviendront à s’y retrouver dans leurs choix, dans leur portefeuille sans avoir de pression culpabilisante sur leurs épaules. J’ai le souhait que les plus petites exploitations puissent survivre à une nouvelle année qui démarre déjà difficilement au niveau des semis. J’ai l’espoir que plein de jeunes s’installeront et assureront la continuité d’une agriculture protéiforme, complexe, riche de ses diversités.  

Devenir éleveuse

Bienvenu à toi, Jolie Rousse!

Elles sont arrivées un matin, ne comprenant pas vraiment ce qui leur arrivait. Pour la première fois de notre vie, nous avions 15000 animaux à notre charge. Jusqu’alors, nous avions été menuisiers, maçons, terrassiers, etc ; bref, nous avions construit un bâtiment. Et là, d’un coup, nous accueillions 15000 rousses à plumes, tout aussi perdues que nous.

Nous leur avons accordé quelques heures pour retrouver leurs esprits. Pendant ce temps-là, nous prenions en main les aspects techniques : utilisation de l’Avibox, quantités d’aliment, d’eau, ventilation. Chaque donnée était scrutée afin de s’assurer qu’elles trouvaient bien de quoi se nourrir et boire. Finalement, lorsque le 2e jour arrive, leur présence rassure : tout prend enfin sens !Dès leur arrivée, beaucoup de poules sont descendues dans le gisoir (la zone de grattage). Face à cela, il nous a fallu agir car elles ne peuvent trouver ni eau ni aliment dans cette zone ; tout se trouve sur le caillebotis. Aussi, il fallait revenir tous les sois pendant plusieurs jours pour remonter les poules : prenant ainsi l’habitude de dormir en haut, sur le caillebotis, elles sont certaines de trouver eau et aliment le matin en se réveillant… et aussi le nid ! Et ainsi, le 2e soir, nous avons remonté pas moins d’un tiers des poules (oui, 5000…) soit deux heures 1/2 environ à deux. Le 3e soir, autour de 2000 puis ça a diminué au fur et à mesure jusqu’à une centaine. Si les poules ne sont pas remontées au début, alors elles s’affaiblissent et meurent de faim, de soif, d’épuisement dans le gisoir.

Hors du nid tu ne pondras point !… ou peu

L’autre combat à mener dès le départ, outre celui de les aider à trouver eau et nourriture, consiste à les amener à aller aux nids. Il faut quand même savoir qu’un groupe de poules peut vite s’adonner à des comportements typiques d’un sentiment d’insécurité, s’appuyant sur leur instinct grégaire. En effet, elles arrivent dans un nouveau bâtiment qui ne ressemble en rien au précédent, elles sont fatiguées par le transport, elles n’ont aucun repère.  Aussi, elles peuvent créer des pyramides (qui les sécurise), notamment sur des zones de jonction et se pondre les unes sur les autres. Elles peuvent donc très rapidement être un nombre important à pondre hors du nid et à manger leurs œufs (puisqu’ils cassent lors de leur chute). Par conséquent, dès le début, j’ai « brassé » les quatre lots : cela consiste à passer régulièrement sur les caillebotis afin de créer une zone d’inconfort. Plus les poules sont dérangées sur leur espace de vie et plus elles iront vers le nid pour pondre car, en principe, une poule ne pond que là où c’est confortable pour elle. Notre lot est monté très vite en ponte, avec deux semaines d’avance sur leur courbe : le brassage a donc eu un impact mais il fut insuffisant : 966 œufs, c’est le nombre maximal atteint sur la ponte hors nid. Après un mois, nous sommes descendus à 600 œufs au « sol », pour en finir aujourd’hui à 460 en moyenne. Cela augmente le travail quotidien sans le rendre désagréable. Il arrive parfois que l’éleveur ramasse 2000-2500 œufs au sol, pour des lots de 10000 à 15000 poules. Et rien ne nous en préserve pour les prochains lots !

Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques mais le fait de se sentir en sécurité ne constitue pas le seul facteur d’une ponte dans le nid : il faut jouer avec les lumières, la ventilation, les heures de repas, etc. En somme, faire en sorte qu’une poule ponde dans un nid, c’est tout un travail !

Souris, tu es scrutée !

 Les jours passant, j’ai appris à me faire confiance et à prendre conscience que j’avais les clés pour mener mon lot vers un certain objectif de productivité tout en veillant au bien-être des poules. En l’absence de formation sur l’aviculture, mon appui principal est ma technicienne, Sophie, qui intervient régulièrement (1 à 2 fois par mois) et se montre disponible à distance. A chaque rencontre, elle m’apporte de nouveaux éléments pour enrichir mes grilles d’observation. Petit à petit, mes observations sont orientées, je sais quoi regarder. Au début, je regardais tout et plaçait tout sur le même plan. Et avec les clés fournies par Sophie, j’ai mis de la perspective sur mes observations. D’ailleurs, je ne fais pas « une » observation mais plusieurs : eau, aliment, comportement de la poule avec ses congénères, bien-être physiologique (crête, état du plumage, état des fientes, etc), déplacement du lot et occupation de l’espace, qualité de l’air, etc. sont autant de points sur lesquels je m’attarde lors de mes passages dans le bâtiment. Dans le sas, j’observe les œufs : couleur de la coquille, présence de grains sur la coquille, nombre, présence de sang, etc.Je dois avouer qu’au commencement, j’avais le sentiment que tout venait toujours trop tard : j’observais des faits qui me semblaient anormaux sans pouvoir les interpréter et donc intervenir. Je crois que la ponte au sol du départ est aussi liée à cela. Le manque de formation initiale a donc eu un impact sur le lancement de ce premier lot. Néanmoins, j’estime avoir à présent les outils en mains pour l’an prochain. Il manque, à mon sens, un petit module de formation de quelques heures pour les novices.

Afin de poursuivre mes apprentissages, j’ai décidé de compléter les apports de Sophie par un MOOC sur l’aviculture (https://www.my-mooc.com/fr/mooc/laviculture-une-filiere-davenir/). Les modules sont complets et bien construits, alternant divers supports et intervenants. Cela permet d’en apprendre plus sur l’organisation de la filière, sur la physionomie de la poule, sur ses besoins, etc. Je vais aussi utiliser l’application EBENE (https://www.itavi.asso.fr/content/protocole-ebene-guide-pour-les-utilisateurs) mise en place par l’ITAVI (Institut Technique de l’AVIculture). Téléchargée sur smartphone ou tablette (Androïd seulement), l’application se présente comme un questionnaire à compléter, qui permet ensuite d’obtenir une évaluation portant sur diverses facettes du bien-être animal. Elle prend appui sur des critères élaborés conjointement par les acteurs de la filière volailles et des associations de défenses du bien-être animal. Je n’ai pas encore pris le temps d’aller au bout de la première évaluation : j’en étais à compléter les premiers éléments techniques et matériels (taille du bâtiment, nombre d’animaux, ventilation, nombre d’assiettes, pipettes, etc). Il m’est apparu que cela allait prendre un peu de temps et nécessite donc je fasse mon évaluation plutôt en après-midi, lorsque mon travail de ramassage et tri des œufs est effectué. J’espère donc poursuivre mon usage de cet outil ces prochains jours.

Plus j’en apprendrai et plus j’aurai de critères qui me permettront de répondre au mieux aux besoins de mes poules. Etre éleveur, c’est clairement mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour que les animaux se sentent dans des conditions telles qu’ils peuvent produire ce que l’on attend d’eux. Les arguments qui tendent à affirmer que les éleveurs ne prennent pas soin de leurs animaux ne sont pas tenables. Et même si les animaux sont voués à une mort certaine (comme tout être vivant!), leur qualité de vie constitue notre préoccupation principale. Faire preuve d’anthropomorphisme ne peut en rien apporter des clés pour comprendre ce que sont réellement nos animaux. C’est au contraire nier leurs besoins et les nôtres.

Un mot, une lettre, et un article !

Je ne prendrai que rarement position dans mon blog, le but étant plutôt de partager mon expérience de nouvelle installée. Parmi tout ce fatras d’opinions disponibles ici ou là, mon avis importe sans doute bien peu. Néanmoins, je fus impliquée récemment dans une petite histoire et je tenais à la partager, une dernière fois.

Que s’est-il passé ?

Lors d’un Conseil municipal de la ville située à proximité de mon village, les élus ont abordé le projet d’installation d’un couple voisin. Ce dernier a en effet dans l’optique de construire un bâtiment d’élevage pour produire du poulet standard. Au moment d’aborder cette création, une conseillère explique que dans notre village, il existe déjà un élevage « intensif » de 15000 poules. J’ignore ce qu’elle entendait par ce mot mais toujours est-il qu’elle semblait s’opposer à divers types d’élevage, parlant aussi de « chèvres consignées ». Alors, pour l’éclairer un peu, et parce que la vidéo du Conseil Municipal est accessible à tous, j’ai décidé d’écrire une lettre au maire et aux conseillers : cet élevage qualifié « d’intensif », c’est le mien. A priori, je suis la mieux placée pour leur apporter des informations sur ce bâtiment et la conduite d’élevage qui y est menée.

Cette lettre, je l’ai publiée sur mon compte Twitter, pensant que cela pourrait aussi éclairer d’autres personnes ; aussi j’avais enlevé tout élément permettant d’identifier les personnes ou les lieux, le but n’étant pas de les stigmatiser.

A la suite de cela, j’ai été contactée par des élus du territoire sud-vendée pour organiser une visite de notre bâtiment. J’y ai répondu positivement en demandant simplement un petit laps de temps pour que nous puissions être vraiment disponibles. J’ai également échangé rapidement avec un représentant du maire. Je remercie donc les élus pour leurs retours.

Dans le même temps, La France Agricole a publié un article, centré sur l’absence de débouchés en production d’œufs bio pour cette année, revenant donc sur le contexte de fin 2018. http://www.lafranceagricole.fr/actualites/installation-faute-de-debouche-ils-abandonnent-leurs-projets-en-bio-1,10,1582242201.html

Et il en ressort que les futurs producteurs sont effectivement soumis à la dure loi du marché : notre coopérative, la CAVAC, fait le choix assumé de ne pas installer des producteurs si le débouché n’est pas assuré. Elle ne souhaite donc pas « inonder » le marché, contrant ainsi le risque de faire chuter les prix, notamment en bio. La coopérative protège donc les éleveurs en place en ayant la main sur les installations. Quoi de plus cohérent ? Même si cela oblige certains à attendre longtemps, ou à revoir leur copie, ou bien encore à abandonner (non sans souffrance), ce fonctionnement parait économiquement sain.

Cette histoire aura au moins eu le mérite de mettre au jour le fait que les demandes en bio ne sont pas aussi fortes qu’on peut parfois le croire. Si la consommation d’œufs bio a augmenté au 1er semestre 2019, il convient tout de même d’ajouter que ces œufs produits sont, logiquement, issus de nouveaux bâtiments construits durant l’année 2018, début d’année 2019 : ils sont donc issus de réflexions menées depuis 2017, début 2018. Ce regard est rétrospectif, alors que les coopératives ont un regard « préalable » et visent déjà 2020, 2021. Il existe donc un décalage temporel important entre les chiffres liés à la consommation réelle et les demandes qui les précèdent (issues de groupes de l’agro-alimentaire). Il peut y avoir un à deux ans entre le moment où le contrat est signé (et donc où la démarche de construction peut être lancée) et la mise sur le marché des œufs. En ce qui nous concerne, comme nous avions déjà fait des démarches préalables pour une production bio, il ne nous a fallu que 9 mois entre l’acceptation de la production Plein Air et l’accueil des poules, incluant donc les nouvelles démarches administratives et la construction du bâtiment.

Intensif or not intensif ?

S’arrêter sur ce mot constitue un piège, celui de ne pas voir ce qui gravite autour. Plusieurs commentaires me demandaient d’ailleurs : en quoi ce mot est-il vulgaire ? Et je répondais que je n’avais pas pris position quant à ce terme ni ce qu’il cherche à montrer. Si « intensif » désigne les élevages standards, alors il convient d’affirmer que la demande est encore forte et donc que des bâtiments vont encore se construire. Et alors ? Si l’on généralise le bio ou le plein air, un problème va vite se poser : celui qui concerne le foncier. Par exemple, pour 15000 poules Plein Air, il faut 6ha de parcours (4m²/poule, comme en bio) : c’est autant de terres cultivables qui ne serviront plus à la production de céréales ou de légumes plein champ. Par ailleurs, si l’offre dépasse la demande, les prix vont chuter. Et c’est sans doute ce qui est recherché dans le bio, par exemple, notamment par quelques GMS. Mais les éleveurs n’ont pas d’intérêt à ce que cela se passe (et donc les coopératives régulent, heureusement).

Je serais plutôt d’avis que l’on valorise davantage le conventionnel ! Que l’on me donne la possibilité de faire un chiffre d’affaires égal avec 1000 poules de moins ! Et oui, car je rappelle que pour avoir un CA presque aussi intéressant qu’en bio, il me faut 6000 poules de plus… Nous aurions tout intérêt à ce que le poulet standard soit davantage valorisé pour contrer celui qui vient d’Europe de l’Est. Mais c’est la guerre des prix… et même si elle dirige nos projets, nos choix, cette guerre des prix ne nous appartient pas !

Au nom de la Terre et du dialogue

Lors du Conseil municipal dont il a été question au préalable, l’élue opposée aux projets agricoles aborde le film très en vogue « Au Nom de la Terre ». Soudain, une certaine France prend conscience des tragédies qui touchent parfois le milieu agricole. Ceux qui n’allaient que très peu au cinéma ont franchi le pas pour constater ce que l’on raconte aussi sur eux ; car au delà d’une histoire portée au cinéma par le fils d’un agriculteur, il est question d’eux. Lorsque l’agriculture et la culture se rencontrent, l’effet semble immédiat et porteur. Néanmoins, le film est parfois aussi cité à des fins plus perverses : au nom d’une volonté affichée de « protéger » les agriculteurs d’un système, il sert en fait à ne pas donner suite à leurs projets, à leur affirmer qu’ils doivent modifier leurs pratiques. C’est ce que l’on observe dans le cadre de ce Conseil Municipal.

Je dois dire que ce qui m’effraie aujourd’hui touche à la méconnaissance de personnes qui sont pourtant certaines d’avoir raison. Aussi, on a affirmé que mes poules ne vont pas dehors… alors qu’elles vont dehors. C’est-à-dire que même le vieil adage de St Thomas « voir pour croire » ne suffit plus. Il n’y a qu’à croire, sans aucun besoin de voir, entendre, comprendre ! Qui va voir son boulanger pour étudier sa manière de faire du pain ? Qui va observer son médecin pour vérifier s’il travaille correctement ? Alors pourquoi certains individus ont autant besoin de statuer sur l’agriculture ? Est-ce lié au fait que nos situations de travail sont « visibles » ? Un tracteur dans un champ, ce n’est pas un boulanger devant son four ou un médecin dans son cabinet : il est à la vue de tous et semble même faire oublier la notion de propriété privée. [Combien d’agriculteurs ont ramassé des déchets dans leurs champs ? Combien ont vu des traces de voiture ? Combien encore ont été interpellés par des passants sur leurs propres parcelles ?] Et puisque ces situations de travail ne peuvent pas être « cachées », cela a glissé vers une volonté de voir aussi ce qu’il se passe dans les bâtiments qui, eux, sont fermés. Je pense qu’il y a eu ce que l’on peut appeler « l’argument de la pente douce » : puisque les agriculteurs travaillent à la vue de tous, alors pourquoi ne montrent-ils pas ce qu’ils font dans leurs bâtiments d’élevage ? Et petit à petit, cela a amené à l’idée qu’il y avait des choses à cacher. Et ce faisant, cela implique effectivement aujourd’hui de devoir fermer à clé des bâtiments qui jusqu’alors ne l’étaient pas, notamment pour éviter des intrusions. Mais il sera difficile de clôturer toutes les parcelles !

Evidemment, tout cela fut nourri par des lignes éditoriales assumées, par des associations diverses, et tout simplement, par internet. Nous pensions avoir quitté le modèle paternaliste des années 50… nous faisons pourtant face à un tout nouveau modèle aussi avilissant que vicieux. L’instit’, le docteur, le curé… que sont-ils devenus ? Ils ont cédé la place à Internet ! Avec toutes les difficultés que cela implique en termes de tri d’informations. L’information circule vite, parfois même elle précède les événements : l’affaire récente d’un meurtrier l’a prouvé. Alors peut-être qu’il serait simplement judicieux de faire confiance au dialogue, comme complément de choix à Internet. Faisons en sorte que les écrans ne coupent pas des échanges réels. Il existe tellement d’actions de partage au sein du milieu agricole, comme par exemple monter dans une moissonneuse-batteuse pour passer du temps avec l’agriculteur, ou les fermes qui ouvrent leurs portes le temps d’un week-end. Au nom de la Terre, n’oublions pas de dialoguer.

Construire et devenir

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Sénèque

Cela fait quelques temps que je ne suis pas venue sur mon blog : le rythme de ces derniers mois a été soutenu. J’aurais pourtant voulu faire un article sur la fin de la construction du bâtiment, sur l’arrivée des 15000 Jolies Rousses. L’envie d’écrire n’a pas trouvé d’aboutissement face à la multitude de rencontres, d’apprentissages, d’activités qui ont animé mes journées. Je vais cependant tenter de revenir rapidement sur ces derniers mois.

Construire…

Construire un bâtiment de 2000 m² en à peine six mois, c’est du sport ! Au delà des divers aspects liés à la fonction de maître d’oeuvre (organiser le planning, être en contact avec les entreprises, tenir les délais, respecter la sécurité, etc), il a fallu aussi mettre la main à la pâte afin de limiter les dépenses.

Nous avons donc déterminé au préalable le rôle de chacun et nos domaines d’interventions. Au commencement, ce fut l’entreprise GPP Guillon Pageaud (85) qui est entrée en action pour réaliser la plateforme de calcaire et la mise en place du 0.31. Ils ont ensuite réalisé les trous nécessaires aux fondations (pose de platines effectuée par un maçon). Le lundi 8 avril, le premier poteau se montait, avec l’entreprise Dugué (79). Lorsque l’ensemble des poteaux, la charpente et la couverture furent installés, nous avons posé les longrines (soubassement en béton isolé, situé entre deux poteaux en vue de tenir les futurs longs pans). Cela nous a pris une semaine : pose et coffrages compris. Puis, les longs pans ont pu être mis en place, et le pignon du fond fut fermé. L’autre pignon restait ouvert pour le passage des toupies de béton. Les 5 et 6 juin, la dalle fut coulée par le Dallagiste de l’Hermine (85). Au préalable, nous avions créé les arrivées et évacuations du SAS et du bâtiment. Deux tranchées de 200m avaient été effectuées par nos soins pour les raccordements aux réseaux. Mi-juin, l’entreprise Dugué venait fermer le bâtiment et monter les cloisons du SAS. Le 19 juin, l’entreprise Boissinot Elevage (79) intervenait pour débuter l’aménagement intérieur du bâtiment. Le 25 juillet, les installations intérieures s’achevaient, pour l’inauguration du 26. Durant ces 5 semaines, notre rôle a consisté à monter les assiettes et les assembler, monter le pondoir, les caillebotis. Sans l’aide important que nous avons eue, il aurait été difficile de respecter les délais ! La famille, les amis ont retroussé leurs manches et ont eu su nous soutenir.

Toutes les entreprises intervenant sur le chantier ont su respecter les délais et nos demandes. Nous remercions toutes les personnes qui ont participé à la construction de ce bâtiment. Nous remercions donc les entreprises GPP Guillon-Pageaud, Dugué, Boissinot Elevage, Dallage de l’Hermine, Préfa’bressuirais, Point P. Et nous remercions aussi la famille, les amis : Lionel, Monique, Thierry, Catherine, Magali, Stéphane, Karine, Raphaël, Lucien, Amandine, Fred, Manu, Vincent, Ella, Baptiste, Joël, Virginie, Etienne, Coco, et tous ceux qui ont été présents à un moment ou à un autre. Nous remercions Pascal, technicien CAVAC chargé du développement de projet et leur suivi. Il a su nous guider depuis le 1er RV de présentation de la production jusqu’au jour de l’inauguration. Nous remercions enfin le Crédit Agricole de Vendée pour avoir permis la réalisation de ce projet. Par ailleurs, nous avons obtenu une attribution prévisionnelle d’aide dans le cadre du PCAE.

Devenir…

Du jour au lendemain, nous sommes devenus des éleveurs de poules pondeuses. Le changement de casquette est radical : j’ai quitté mes chaussures de sécurité pour la charlotte ! J’avais déjà troqué, quelques mois plus tôt le livre de français contre la cotte… Depuis mars, nous étions imprégnés par des bruits de machines, par des échanges avec les entreprises, la banque, etc. Et puis d’un coup, plus rien. Le bâtiment est vide et ne demande qu’à vivre. Nous n’avons même pas eu 24h entre la fin des travaux et l’arrivée des poules : pas le temps d’y penser, pas le temps de se poser, pas le temps de mesurer l’ampleur des travaux effectués. Le 31 juillet, les 15000 poules arrivaient, dans des caquètements inquiets après un long trajet depuis la Bretagne.

Le 31 juillet, de nombreuses personnes sont venues nous aider pour la mise en place : Sandrine, Sylvie, Romane et sa copine du Jura, Lionel, Catherine et Thierry, Francis, Ludovic, Théo, Jessica, Sarah, Fabien, Vincent, Joël, Baptiste, Coco et leur oncle et tante, Etienne, Jean-Marc, épaulés par Sophie et Julie, techniciennes de Volineo (CAVAC). La mise en place consiste à prendre les poules dans les chariots qui ont servi au transport pour les placer sur le caillebotis où elles vont trouver nourriture et eau. Lorsqu’elles ont arrivées, elles pesaient autour de 1350g (contre 1770-1800g aujourd’hui). Elles étaient à leur 17e semaine de vie et ne pondaient pas encore. On les appelait alors « poulettes ».

Le 31 juillet fut le jour durant lequel, soudainement ou presque, 15000 animaux sont devenus nôtres, placés ainsi sous notre responsabilité. Ce fut le jour durant lequel notre bâtiment a pris vie. Ce fut le jour durant lequel le changement de casquette a été radical. Mais ce n’est pas ce jour-ci que nous sommes devenus éleveurs de poules. Non. Cela vient avec le temps, à force de visites techniques, d’observations, de compréhensions. Devenir éleveur, cela demande de la patience, de l’humilité, de la réflexion. Mais ça, c’est une autre histoire… pour un prochain article !

Du stylo-plume à la plume

En décembre dernier, j’étais encore formatrice en Maison Familiale Rurale (établissement de l’Enseignement Agricole). Rien ne m’avait vraiment destinée à me reconvertir vers l’agriculture et plus précisément l’aviculture. Pourtant aujourd’hui, cela s’impose comme une évidence, comme un choix apportant beaucoup de plaisir et de sérénité. Alliant pédagogie et nouvelle expérience professionnelle en agriculture, j’essaie, autant que faire se peut, de partager ces choix.

Un parcours sans queue ni plumes

Après un BEPA Services aux personnes (qui s’est imposé à moi comme une voie de reconstruction), j’ai filé en première littéraire, sous l’impulsion de Monsieur Gérard, moniteur que j’avais notamment en français. J’ai découvert la philosophie en terminale : agréable matière à penser, à raisonner, pour embrasser la complexité d’un monde que l’on cherche trop souvent à rendre dichotomique. Le pied total ! Par conséquent, j’ai préparé un cursus universitaire en philosophie. Mais je me suis arrêtée en licence : l’Amour est passé par là (un agriculteur !).

Souhaitant me rapprocher et aller vers l’enseignement, j’ai quitté la grande ville pour revenir en Vendée. Je me disais alors que ce serait tellement formidable d’allier pédagogie et philosophie, de faire entrer la philo par la grande porte des écoles. Je suis donc entrée en Master EPD (enseignement du premier degré) et j’ai passé le concours de Professeur des écoles. Mais là encore, c’était sans prévoir la rencontre d’une discipline incroyable : celle de l’analyse de l’activité. Un nouveau champ de réflexion s’ouvrait à moi, alliant pédagogie, philosophie, analyse. Le pied épisode 2 ! Je comprenais enfin qu’il existait toute une discipline, tout un corps universitaire qui travaillait autour de la formation et notamment de l’analyse d’activités concrètes pour, notamment, former les futurs « travailleurs ».

Après avoir achevé mon master EPD, je suis donc partie en master FFAST (formation de formateur par l’analyse des situations de travail). Vous voyez le rapport avec les poules ? Non ? Moi non plus ! Et là, j’ai réalisé mon second mémoire sur le métier de formateur en MFR (ou « moniteur »). Et c’est ainsi que j’ai mis à nouveau un pied dans le réseau des MFR, après plusieurs années passées à structurer ma pensée. Une proposition de poste est arrivée, dans la MFR où j’avais été élève. Je sentais une prise de risques : aller dans un établissement où j’avais été apprenante ne semblait pas simple, poursuivre mon cursus universitaire en même temps que j’enseignais pouvait compliquer la tâche. L’aventure a duré cinq ans. J’ai eu le plaisir de travailler avec Monsieur Gérard, d’apprendre auprès des jeunes, de découvrir le territoire, les entreprises locales. Etre formatrice en MFR fut une expérience incroyable. En même temps que je découvrais vraiment le milieu agricole, je comprenais de mieux en mieux mon mari, agriculteur. Et puis petit à petit est arrivée l’idée d’une collaboration entre nous. Pour le reste, j’ai déjà expliqué la naissance du projet dans l’article précédent.

Certains parleront ici d’un parcours atypique. Je trouve que ce parcours est simplement cohérent. Je crois aux signes, au « kairos » comme l’affirmaient les grecs dans l’Antiquité. Lorsque l’occasion se présente, je l’embrasse.

Pédagogie, reconversion professionnelle et partage

Avant de quitter mon poste en MFR, j’ai proposé à mes collègues responsables du Technicien Agricole (« TA », anciennement CCTAR) de suivre ma reconversion professionnelle en agriculture et la création de l’atelier poules pondeuses. Sylvie, formatrice co-responsable TA, a accepté cette perche tendue et l’a même intégrée dans sa propre formation pédagogique (quel honneur !). Aussi, depuis le mois de mars, je suis allée deux fois à la rencontre du groupe et ils se sont déplacés deux fois également. Les objectifs sont multiples : fournir un exemple, parmi d’autres, d’installation agricole ; présenter un accompagnement par une coopérative d’un projet de cette ampleur ; permettre le suivi de la construction d’un bâtiment et le lancement de la production ; comprendre le processus de « projet de vie » pour un couple d’une trentaine d’années ayant déjà quelques expériences professionnelles antérieures. Le but ultime étant simplement de fournir aux apprentis des pistes pour se projeter.

Il y eut donc un premier temps autour de mon installation (qui s’achèvera juste avant l’arrivée des poules) ; un second temps avec l’intervention de Pascal, chargé de développement de projets à la Coopérative CAVAC, sur la filière avicole ; un troisième temps de visite de deux chantiers en construction pour une production identique (poule pondeuse plein air). En mars, les apprentis ont pu voir notre terrassement. Cette semaine, ils sont revenus et ont vu le travail colossal qui a été fait autour du bâtiment (charpente, couverture, isolation). Ils reviendront probablement en juin pour voir la suite et j’espère en septembre pour le démarrage de la production.

Ce fut un régal d’aller à la rencontre de ce groupe d’apprentis : ils sont très jeunes, ils ont déjà une petite expérience en agriculture (plus développée que la mienne, c’est certain !) mais ils ont encore des choix à faire, beaucoup de choix. Et parfois, une rencontre, un suivi de projet, peuvent apporter des pistes. Ils ne sont pas démunis, loin de là : chacun a déjà une idée pour la suite, ils sont ambitieux et derrière leurs sourires se présente déjà le poids d’une reprise familiale, d’une inquiétude pour certaines productions. Je les comprends. Mais comme eux, j’ai pourtant l’espoir que le monde agricole saura nous accueillir avec nos projets, nos envies, nos questionnements. J’ai l’espoir que nous contribuions à faire perdurer cette agriculture française, complexe, riche, en apportant nos modestes pierres à l’édifice. J’en profite pour remercier tous les agriculteurs que j’ai pu rencontrer dans le cadre de mon poste en MFR. J’ai beaucoup appris auprès d’eux, à travers les échanges, les visites d’exploitations, suivis de stagiaires. Pourvu que nos futurs agriculteurs continuent à trouver des lieux d’accueil pour se former !

Le fil rouge : la plume

Avec un parcours littéraire et philosophique, puis plus spécialisé en pédagogie et formation, je ne m’attendais pas, il y a deux ou trois ans, à devenir éleveuse. J’admirais et j’admire toujours les métiers de l’agriculture. J’y vois du courage, de l’abnégation, des défis constants à relever, des transmissions intergénérationnelles, du partage, de la beauté, de l’ouverture d’esprit, des passions,  du sacrifice aussi. Certains débats actuels semblent témoigner de la place de choix qu’occupe l’agriculture dans le cœur (et dans l’assiette) des français. L’ignorance qu’accompagne une partie de ces échanges houleux engendre une haine regrettable. Néanmoins, je n’y vois là qu’un passage, une transition qui donnera lieu à plus de respect du travail et des productions agricoles.

Il fut un temps où je tenais en main un syto-plume. Je passais mes journées à lire et à écrire, à réfléchir et analyser. J’ai eu besoin de ce temps pour comprendre les grandes idées qui ont traversé les siècles, pour saisir la complexité du monde qui nous entoure et que nous faisons vivre aussi, pour tenter de déterminer la place que je souhaitais y occuper. Tout ce parcours m’a amenée à pouvoir envisager d’être maman, d’être une femme épanouie, de vouloir participer à une nouvelle aventure familiale, liée à une histoire qui ne demande qu’un second souffle sur une belle exploitation. Les vaches laissent la place aux poules. Le stylo-plume sera désormais posé à côté d’une plume.

L’agriculture, un projet de vie et une vie de projets

Préparant une intervention future auprès d’un groupe de jeunes apprentis en agriculture, je me trouve à nouveau plongée dans les raisons, multiples et complexes, qui nous ont amenés à faire le choix de créer un atelier de poules pondeuses Plein Air avec la Coopérative CAVAC.

Ancienne formatrice de l’Enseignement Agricole, j’apprécie particulièrement les échanges, le partage sur l’Agriculture. Cette sollicitation pour aller à la rencontre d’un groupe de jeunes adultes en apprentissage sonne comme une pause intellectuelle dans la mise en œuvre du projet, permettant de prendre un peu de recul. Se souvenir des raisons, remettre du sens, cela ne peut être que positif.

Devenir maman… poule ?

Le point de départ de notre réflexion remonte à l’arrivée de notre premier enfant. Devenir maman et vouloir produire des œufs, n’est-ce pas symboliquement cohérent ? Question rhétorique qui soulève pourtant une réflexion autour de l’organisation de notre vie. A l’époque, nous vivions la période la plus heureuse de notre vie. Cependant, sur le plan professionnel, nous connaissions une perte de sens. Nous avons toujours été des passionnés, des battants dans nos emplois respectifs. Mais constater que l’un et l’autre n’éprouvaient plus autant de plaisir, pour des raisons complètement différentes, a été un déclic. Devenir une famille a impliqué le besoin de redéfinir notre projet de vie. Et j’ai sauté le pas : il ne faisait aucun doute pour nous que si je venais en renfort sur l’exploitation existante avec une nouvelle production, alors nous pourrions cumuler nos forces (et nos faiblesses) en vue d’un second souffle. Il ne nous restait plus qu’à trouver la production en question ! Et là, nous avons fait appel à nos valeurs.

Choisir et être accompagnés

Ayant eu la chance, dans le cadre du suivi des stages de mes élèves, de visiter un grand nombre d’exploitations, j’avais en tête le poulet de chair et la poule pondeuse. Nous souhaitions aller vers une production respectueuse du bien-être animal. Au minimum, nos volailles devaient aller dehors. C’était pour nous une règle sur laquelle nous ne reviendrions pas. Nous envisagions donc la poule pondeuse bio, en premier choix, et le poulet de chair bio ou label comme seconde possibilité. Plus encore, pour sécuriser notre projet, le recours à une coopérative nous apparaissait essentiel : nous avons donc sollicité la Coopérative CAVAC car nous avons confiance en eux. Aussi, après une rencontre avec le technicien chargé de développement, nous avons obtenu toutes les réponses sur la poule pondeuse bio. L’investissement financier nous semblait colossal pour un seul bâtiment de 9000 poules néanmoins le salaire dégagé en valait la peine. Nous sentions que la production « œufs » était solide et sécurisée. Au-delà de ces aspects « pratiques » et incontournables, il ressortait que beaucoup de femmes s’installaient en poules pondeuses en raison d’un travail agréable (demandant de la rigueur) qui permet aussi de passer du temps avec les enfants. La production en bio n’a pas pu être suivie, par manque de débouchés et nous avons alors fait le choix du Plein Air.

Projet de vie et vie de projets

Nous avons donc été épaulés par la Coopérative dès ce premier échange. Nous avons eu la chance de rencontrer un certain nombre d’éleveurs ou futurs éleveurs et d’obtenir de leur part des conseils, de visiter une dizaine de bâtiments (anciens, récents, en construction) afin de faire des choix de matériels et d’agencement. Nous avons été formés à la biosécurité et avons un classeur pour le suivi de l’élevage. Nous avons de nombreux échanges avec le technicien chargé de développement, avec les responsables et techniciens de Volineo. Nous apprenons beaucoup et cela donne un élan incroyable. Si bien que ce projet de vie nous mène petit à petit vers une vie de projets, dans la mesure où nous voyons aussi plus loin. L’atelier de poules pondeuses ne constitue pas seulement une nouvelle production sur une exploitation existante. Il apporte une nouvelle manière de repenser l’espace et la circulation, une nouvelle façon de réfléchir à nos valeurs et nos envies, une nouvelle vision du métier d’agriculteur. Il redonne du dynamisme à notre vie. Il recrée du sens dans cette collaboration familiale, sur un site qui vit depuis plusieurs générations. Il fut un temps où mari et femme y travaillaient, avec plaisir et passion. Ce temps-là va revivre, différemment, mais avec cette âme qui faisait que la grand-mère de mon mari, par exemple, venait matin et soir à la traite jusqu’à ses 80 ans. Pourrons-nous en faire autant ?

Pour finir, un simple et sincère merci à celle qui a fait réveiller cette réflexion du soir. A bientôt avec les apprentis !

Ambiance et bien-être

Avant d’avoir le plaisir de vous présenter notre bâtiment et notre premier lot, d’ici quelques mois, nous en profitons pour aborder, aujourd’hui, le cahier des charges de la production d’œufs Plein Air.

La poule et son cycle en Plein Air

La poulette arrive à 18 semaines dans le bâtiment. Elle est en période de « préponte », qui peut durer entre 20 et 30 jours environ. Cette période de montée en ponte démarre lorsque les premiers œufs sont produits, jusqu’à ce que les poules atteignent 60% de ponte. Durant cette période, les poules doivent repérer le nid, afin notamment d’éviter les œufs au sol. Arrive ensuite la période dite de « ponte ». Lors de cette phase, qui constitue le rythme de croisière, le travail quotidien consiste pour l’éleveur à observer les animaux, prévenir les maladies, vérifier l’état de fonctionnement et sanitaire du matériel, ramasser les œufs au sol (selon les lots) et trier les œufs, les mettre en alvéoles et les conditionner dans une pièce climatisée. L’entretien du sas constitue également une tâche quotidienne. Il s’agit-là du travail relevant de l’élevage. C’est sans oublier aussi, les aspects administratifs et comptables (suivi technique, commandes d’aliments, etc).

En Plein Air, nous conserverons le lot 70 semaines (contre 54 en bio).

Un bâtiment automatisé pour le bien-être de l’animal et de l’éleveur

Photographie d’un bâtiment statique type « Louisiane » pour poules pondeuses Plein Air ou bio

Le bâtiment que nous avons choisi sera semblable à celui-ci. Sur une surface de 2040 m2, il se compose d’un sas et d’une salle d’élevage. Il s’agit d’un bâtiment statique (ventilation non dynamique) de type « louisiane ». Il peut accueillir 15000 poules Plein Air (9 poules/m²). L’élevage se fait au sol. De chaque côté, des fenêtres apportent un maximum de lumière, régulée par les rideaux en Makrolon. Sous les rideaux, toutes les trois travées, une trappe automatisée permet aux poules de sortir sur le parcours de 6ha. Une zone de grattage (ou « litière ») se trouve de chaque côté des caillebotis. Au centre, le pondoir occupe une place de choix. La disposition des lumières est étudiée : toute zone d’ombre peut constituer un lieu de ponte ! De plus, une ligne de lumières est disposée au dessus du pondoir : les LED s’allument progressivement le matin afin que les poules aillent au nid. Au centre du nid, légèrement en pente vers l’intérieur, se trouve un tapis : les œufs roulent donc vers celui-ci. Puis le tapis ramènent les œufs vers le sas ou l’éleveur réalise son tri et son conditionnement. Une ligne de pipettes (en hauteur sur la photo) et une ligne d’assiettes sont disposées stratégiquement près du nid. Des perchoirs sont obligatoires (non présents sur la photo car pas encore installés) à raison de 15 cm par poule. Il existe des perchoirs en A, des perchoirs plus imposants rectangulaires. Un tel bâtiment permet aux animaux d’évoluer dans des conditions plutôt respectueuses de leur bien-être. En bio, 9000 poules (en 3 lots) seraient accueillies dans ce bâtiment (6 poules/m²) favorisant davantage les déplacements.

Schéma d’un bâtiment, en ligne : http://www.itab.asso.fr/downloads/cahiers-elevage/cahier-pondeuses-web.pdf

Le bâtiment présenté répond parfaitement au cahier technique du Bio et du Plein Air. Ce schéma permet de visualiser également le sas que nous détaillerons dans un autre article.

Le parcours : des choix stratégiques à opérer

Exemples de parcours en chair, en ligne : https://agroof.net/dev_agroforesterie-recherche/fichesR&D/docs/typologieVolaille.pdf

En Bio ou en Plein Air, chaque poule doit avoir 4 m² disponibles en extérieur. Autrement dit, pour 15000 poules, c’est un parcours de 6 ha qui est nécessaire. Quitte donc à occuper cette surface, autant l’arborer et l’aménager afin que les animaux y vivent correctement. Le CASDAR propose divers aménagements possibles (schémas ci-dessus), notamment pour le poulet de chair. Selon la configuration déjà existante des lieux, le parcours peut donc varier d’un bâtiment à l’autre. Devant les trappes, on peut questionner la présence de petites haies pour couper du vent et inciter les poules à sortir. Plus loin, c’est l’ombre qui est recherchée, et l’abri des prédateurs éventuels. Le parcours pourrait aussi servir à l’implantation de ruches avec des petites haies mellifères. Notre réflexion actuelle est encore vague mais faire collaborer les poules et les abeilles nous semble un point intéressant.

En espérant que cet article a pu apporter quelques éléments de réflexion, n’hésitez pas à lire en ligne… Il existe de très bons documents sur l’élevage de poules pondeuses et l’aménagement de parcours (doc à télécharger). Merci pour votre attention et à bientôt !

Du courage et des poules


« Vertu cardinale entre toutes, le courage est l’affaire du temps présent, du temps démocratique même, et celle des hommes ordinaires qui veulent devenir les agents de leur vie. […]Est courageux celui qui sait que « cette chose qu’il faut faire, c’est moi qui dois la faire » (Jankélévitch). Alors, oui, dans un premier temps, le courage peut avoir des allures de sacrifice […]. »

Cynthia FLEURY, La vertu du courage

Notre histoire est bien celle-ci, celle d’individus ordinaires qui souhaitent prendre en main leur vie professionnelle et en devenir les acteurs principaux, quitte à s’isoler un peu.

Tout a commencé l’an dernier : mon conjoint (agriculteur céréalier ayant mis un terme à l’élevage laitier quelques années auparavant) commençait à douter de son avenir professionnel. De mon côté, je n’éprouvais plus le plaisir que j’avais à exercer mon métier de formatrice dans l’enseignement agricole. Un manque se faisait ressentir, sur le plan professionnel, pour nous deux. Alors un jour, nos réflexions se sont croisées et ont engendré une idée un peu folle, celle de devenir associés dans le cadre d’une nouvelle production. Nous avons immédiatement pensé à l’aviculture. Cela nous attirait, avec notamment la volonté d’aller vers du bio ou du label. Nous souhaitions véritablement ouvrir un champ des possibles à la ferme existante, en mêlant deux types d’agriculture : conventionnelle (céréales) et bio ou label pour l’élevage. Habitué à travailler avec la CAVAC, et très satisfait de cette collaboration, mon conjoint a créé une rencontre avec la personne chargée de développement sur la filière avicole de la Coopérative. Plusieurs options nous ont été présentées et nous avons alors pris la décision d’aller vers la poule pondeuse en agriculture biologique. Bien que l’investissement financier soit plus élevé que pour la volaille de chair, il apparaissait néanmoins que la filière de l’œuf bio était valorisée.

Après moult péripéties, nous avons dû nous diriger vers la poule pondeuse plein air (conventionnel), la filière bio ne présentant plus de débouchés au moment d’intégrer les plannings de production. Nous ne voulions surtout pas nous asseoir sur le bien-être animal : qu’une poule aille dehors, qu’elle ait de la lumière naturelle et un espace vital lui permettant de se mouvoir, c’est essentiel pour nous. De plus, il était aussi inconcevable pour nous de mettre un terme à notre projet (de vie!). Par conséquent, nous avons accepté la proposition du plein air, comme un compromis. Nous y avons vu une chance de nous faire la main. En effet, cette aventure est nouvelle et nous avons tout à apprendre pour la mener telle que nous l’entendons. Nous ne serons pas seuls et c’est aussi pour cela que nous avons eu envie de travailler avec la Coopérative CAVAC. Nous apprendrons beaucoup aux côtés des techniciens et des autres éleveurs qui ont déjà eu la générosité et la gentillesse de nous recevoir.

Lorsque nous abordons ce projet avec les personnes qui nous entourent, le terme « courage » revient souvent, un peu à la limite de la « folie » pour d’autres. Pour nous ce n’est qu’une évidence. Nous ne pouvions plus continuer dans le schéma que nous connaissions, ne faisant que nous croiser, nous donnant à fond dans nos vies professionnelles sans parvenir véritablement à nous sentir reconnus. En ayant ce projet à deux, en ayant ces poules, nous espérons simplement être tout aussi rigoureux, passionnés, et innovants que nous l’étions chacun de notre côté. Et la reconnaissance, nous ne l’attendrons plus des autres : elle aboutira directement du travail que nous ferons, sans intermédiaire.

C’est aussi pour cette raison que ce blog est tenu de manière légèrement anonyme. Peu ou pas de précisions sur la localisation, sur notre identité. Nous voulons nous protéger en ce début d’aventure. Nous verrons plus tard, si besoin est, pour nous faire connaitre (et reconnaître). Pour l’heure, notre choix relève d’un double partage : sur Twitter, en instantané et sur ce blog, avec un peu de réflexion, le but étant pour nous de prendre du recul. Nous n’en sommes qu’au tout début du projet : le bâtiment n’est pas encore construit mais toutes les portes sont ouvertes pour que nous puissions enfin toucher du doigt ce projet de vie !