Devenir éleveuse

Bienvenu à toi, Jolie Rousse!

Elles sont arrivées un matin, ne comprenant pas vraiment ce qui leur arrivait. Pour la première fois de notre vie, nous avions 15000 animaux à notre charge. Jusqu’alors, nous avions été menuisiers, maçons, terrassiers, etc ; bref, nous avions construit un bâtiment. Et là, d’un coup, nous accueillions 15000 rousses à plumes, tout aussi perdues que nous.

Nous leur avons accordé quelques heures pour retrouver leurs esprits. Pendant ce temps-là, nous prenions en main les aspects techniques : utilisation de l’Avibox, quantités d’aliment, d’eau, ventilation. Chaque donnée était scrutée afin de s’assurer qu’elles trouvaient bien de quoi se nourrir et boire. Finalement, lorsque le 2e jour arrive, leur présence rassure : tout prend enfin sens !Dès leur arrivée, beaucoup de poules sont descendues dans le gisoir (la zone de grattage). Face à cela, il nous a fallu agir car elles ne peuvent trouver ni eau ni aliment dans cette zone ; tout se trouve sur le caillebotis. Aussi, il fallait revenir tous les sois pendant plusieurs jours pour remonter les poules : prenant ainsi l’habitude de dormir en haut, sur le caillebotis, elles sont certaines de trouver eau et aliment le matin en se réveillant… et aussi le nid ! Et ainsi, le 2e soir, nous avons remonté pas moins d’un tiers des poules (oui, 5000…) soit deux heures 1/2 environ à deux. Le 3e soir, autour de 2000 puis ça a diminué au fur et à mesure jusqu’à une centaine. Si les poules ne sont pas remontées au début, alors elles s’affaiblissent et meurent de faim, de soif, d’épuisement dans le gisoir.

Hors du nid tu ne pondras point !… ou peu

L’autre combat à mener dès le départ, outre celui de les aider à trouver eau et nourriture, consiste à les amener à aller aux nids. Il faut quand même savoir qu’un groupe de poules peut vite s’adonner à des comportements typiques d’un sentiment d’insécurité, s’appuyant sur leur instinct grégaire. En effet, elles arrivent dans un nouveau bâtiment qui ne ressemble en rien au précédent, elles sont fatiguées par le transport, elles n’ont aucun repère.  Aussi, elles peuvent créer des pyramides (qui les sécurise), notamment sur des zones de jonction et se pondre les unes sur les autres. Elles peuvent donc très rapidement être un nombre important à pondre hors du nid et à manger leurs œufs (puisqu’ils cassent lors de leur chute). Par conséquent, dès le début, j’ai « brassé » les quatre lots : cela consiste à passer régulièrement sur les caillebotis afin de créer une zone d’inconfort. Plus les poules sont dérangées sur leur espace de vie et plus elles iront vers le nid pour pondre car, en principe, une poule ne pond que là où c’est confortable pour elle. Notre lot est monté très vite en ponte, avec deux semaines d’avance sur leur courbe : le brassage a donc eu un impact mais il fut insuffisant : 966 œufs, c’est le nombre maximal atteint sur la ponte hors nid. Après un mois, nous sommes descendus à 600 œufs au « sol », pour en finir aujourd’hui à 460 en moyenne. Cela augmente le travail quotidien sans le rendre désagréable. Il arrive parfois que l’éleveur ramasse 2000-2500 œufs au sol, pour des lots de 10000 à 15000 poules. Et rien ne nous en préserve pour les prochains lots !

Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques mais le fait de se sentir en sécurité ne constitue pas le seul facteur d’une ponte dans le nid : il faut jouer avec les lumières, la ventilation, les heures de repas, etc. En somme, faire en sorte qu’une poule ponde dans un nid, c’est tout un travail !

Souris, tu es scrutée !

 Les jours passant, j’ai appris à me faire confiance et à prendre conscience que j’avais les clés pour mener mon lot vers un certain objectif de productivité tout en veillant au bien-être des poules. En l’absence de formation sur l’aviculture, mon appui principal est ma technicienne, Sophie, qui intervient régulièrement (1 à 2 fois par mois) et se montre disponible à distance. A chaque rencontre, elle m’apporte de nouveaux éléments pour enrichir mes grilles d’observation. Petit à petit, mes observations sont orientées, je sais quoi regarder. Au début, je regardais tout et plaçait tout sur le même plan. Et avec les clés fournies par Sophie, j’ai mis de la perspective sur mes observations. D’ailleurs, je ne fais pas « une » observation mais plusieurs : eau, aliment, comportement de la poule avec ses congénères, bien-être physiologique (crête, état du plumage, état des fientes, etc), déplacement du lot et occupation de l’espace, qualité de l’air, etc. sont autant de points sur lesquels je m’attarde lors de mes passages dans le bâtiment. Dans le sas, j’observe les œufs : couleur de la coquille, présence de grains sur la coquille, nombre, présence de sang, etc.Je dois avouer qu’au commencement, j’avais le sentiment que tout venait toujours trop tard : j’observais des faits qui me semblaient anormaux sans pouvoir les interpréter et donc intervenir. Je crois que la ponte au sol du départ est aussi liée à cela. Le manque de formation initiale a donc eu un impact sur le lancement de ce premier lot. Néanmoins, j’estime avoir à présent les outils en mains pour l’an prochain. Il manque, à mon sens, un petit module de formation de quelques heures pour les novices.

Afin de poursuivre mes apprentissages, j’ai décidé de compléter les apports de Sophie par un MOOC sur l’aviculture (https://www.my-mooc.com/fr/mooc/laviculture-une-filiere-davenir/). Les modules sont complets et bien construits, alternant divers supports et intervenants. Cela permet d’en apprendre plus sur l’organisation de la filière, sur la physionomie de la poule, sur ses besoins, etc. Je vais aussi utiliser l’application EBENE (https://www.itavi.asso.fr/content/protocole-ebene-guide-pour-les-utilisateurs) mise en place par l’ITAVI (Institut Technique de l’AVIculture). Téléchargée sur smartphone ou tablette (Androïd seulement), l’application se présente comme un questionnaire à compléter, qui permet ensuite d’obtenir une évaluation portant sur diverses facettes du bien-être animal. Elle prend appui sur des critères élaborés conjointement par les acteurs de la filière volailles et des associations de défenses du bien-être animal. Je n’ai pas encore pris le temps d’aller au bout de la première évaluation : j’en étais à compléter les premiers éléments techniques et matériels (taille du bâtiment, nombre d’animaux, ventilation, nombre d’assiettes, pipettes, etc). Il m’est apparu que cela allait prendre un peu de temps et nécessite donc je fasse mon évaluation plutôt en après-midi, lorsque mon travail de ramassage et tri des œufs est effectué. J’espère donc poursuivre mon usage de cet outil ces prochains jours.

Plus j’en apprendrai et plus j’aurai de critères qui me permettront de répondre au mieux aux besoins de mes poules. Etre éleveur, c’est clairement mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour que les animaux se sentent dans des conditions telles qu’ils peuvent produire ce que l’on attend d’eux. Les arguments qui tendent à affirmer que les éleveurs ne prennent pas soin de leurs animaux ne sont pas tenables. Et même si les animaux sont voués à une mort certaine (comme tout être vivant!), leur qualité de vie constitue notre préoccupation principale. Faire preuve d’anthropomorphisme ne peut en rien apporter des clés pour comprendre ce que sont réellement nos animaux. C’est au contraire nier leurs besoins et les nôtres.

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